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Kangding Ray

: OR



sortie : 2011
label : Raster-Noton
style : Techno / Dubstep / Ambient

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Tracklist :
01/ Athem
02/ Mojave
03/ Odd Sympathy
04/ Pruitt Igoe
05/ Or
06/ Mirrors
07/ Coracoid Process
08/ E, Amaryllis Jour
09/ Leavalia Scheme
10/ Monster
11/ La Belle

Automne Fold, la précédente production de Kangding Ray, prouvait s’il en était encore besoin que l’électronique la plus glaciale et mécanique pouvait être la source d’une réelle émotion. Avec ses mélodies organiques, le Français David Letellier avait explosé les codes de la maison Raster-Noton pour mieux les réinventer à l’intérieur de compositions en clair obscur, portées toutes entières par cette magnifique ambivalence.

OR, son dernier né, emprunte une voie plus caverneuse. Mais derrière son aspect plus écrasant il cache un même paradoxe. A travers les rythmes massifs et souvent entraînant des machines, ses sonorités dubstep et « club » n’invitent plus à rien, ni à une quelconque défonce nocturne ni à la frénésie de la danse.

OR est pour Kangding Ray le mot d’ordre d’une musique toujours plus souterraine, qui, dansée, ne pourra plus conjurer des lendemains qui s’annoncent apocalyptiques. Il impose d’entrée cette évidence : nous vivons en temps de guerre et il n’est plus possible de l’ignorer. Aux terrains découpés à coup de tranchées et de cratères d’obus se sont juste substitués d’autres espaces : ceux de l’économie globale, et des écrans d’ordinateurs où fluctuent en accéléré ses strates virtuelles. La spéculation, quant à elle, a simplement remplacé les frappes chirurgicales. L’or n’est plus le nerf de la guerre, il est devenu le mot de passe d’un jeu de shoot mondialisé où les éclairs des bombes à travers la nuit se sont changés en colonnes de chiffres. A perte de vue. Qui sait ? Après les dettes étatiques, nos sphères les plus intimes en seront peut-être les prochaines cibles.

En reprenant entièrement à son compte l’épisode en forme de parabole du projet Puitt Igoe, Letellier finit d’esquisser avec OR la bande-son du crépuscule de notre humanité. Démolie seulement 20 ans après qu’il ait été inauguré dans les années 50, ce gigantesque complexe résidentiel du Missouri, composé de 33 barres d’immeubles ultra-fonctionnelles, fut érigé en symbole du modernisme et de sa toute puissance. Se délabrant de manière accéléré, il devint un symbole de paupérisation et de ségrégation sociale. De manière saisissante, les sonorités cryptiques de OR réaniment le cauchemar de Pruitt-Igoe.

En faisant échos aux images vertigineuses et sépulcrales de ce Luna Park résidentiel puis à celles, plus hypnotiques encore, de sa destruction quasi-totale (la paroxystique Mirrors pourrait en être la parfaite illustration), l’album nous introduit aux infrastructures de ces nouveaux paysages virtuels mis à feu et à sang. Sans possibilité de s’échapper, nous évoluons dans un décorum claustrophobique à l’intérieur duquel les textures froides et électriques du Français viennent se lover comme une vapeur putride. On peut légitimement se demander ce qu’il reste ici des interstices d’humanité aperçues sur Automne Fold : les voix d’Anthem, Pruitt Igoe ou Caracoïd Process ne présentent aucun réconfort. Elles n’ont à offrir que le reflet fatigué de notre propre vacuité.

D’abord pris en étau par sa propre noirceur, OR prend dans un deuxième temps une tournure franchement extatique. Les ambiances cinématiques de Odd Sympathy et du titre éponyme n'y sont pas pour rien. Elles imposent d’emblée aux beats une marche plus véloce tandis que les textures prennent de la hauteur et de l’ampleur, se font plus insidieuses aussi. Plus l’album avance, plus Letellier use de leur subtile versatilité pour faire surgir du chaos un climat d’urgence qui nous conduit lentement, par pallier imperceptible, vers la fin d’album. Frappé alors par un sentiment d’amertume grandissant, on se laisse aller à des atmosphères de plus en plus denses et délétères. Mais arrivé au bout de cette chute qu’on croyait sans fin, on pourra goutter à la lumière (certes vacillante) de La belle, rappel que OR en anglais désigne aussi l’alternative, une ouverture vers des possibles encore vierges de tout contrôle. Mais pour combien de temps encore?



A l'occasion de cette chronique, vous pourrez trouver sur le blogg de Dmute le portrait photographique de David Letellier.

Chroniqué par Mickael B.
le 29/07/2011

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