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Scanner

: Rockets, Unto The Edges Of Edges



sortie : 2009
label : BineMusic
style : IDM / Modern Classical

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Tracklist :
01/ Sans Soleil
02/ Pietas Llulia
03/ Anna Livia Plurabelle
04/ Broken Faultline
05/ Yellow Plains Under White Hot Blue Sky
06/ Through Your Window
07/ The Last European
08/ A Clearing Between Earth And Air

Ce vieux briscard de Scanner ne s'est pas seulement fait un nom dans la scène électronique, il s'est aussi attiré l'attention de toute une clique d'intellectuels baignés dans l'art contemporain. Il faut dire que Scanner se fait remarquer tôt dans sa carrière, lorsqu'il détourne des fragments de conversation pour les incorporer dans ses productions. Scanner a toujours porté à son œuvre une vision plus large que ce que le commun des musiciens électroniques accordent à la leur. En multipliant les collaborations, Scanner a poussé son travail bien au delà des traditionnelles frontières de la musique. Il s'est impliqué dans le net-art, la danse contemporaine, il a crée un des premiers webzines... Bref, Scanner n'est pas qu'un musicien ; Scanner est aussi un performeur, un artiste multimédia, un écrivain doublé d'un critique.

Rockets, Unto The Edges Of Edges vient donc s'ajouter à une discographie conséquente que (soyons honnêtes) je connais trop mal pour m'essayer à quelque analyse des évolutions dans l'ensemble de l'œuvre. C'est d'ailleurs un album qui, à l'image, peut-être, de cette discographie, est difficile à appréhender dans son ensemble. Chaque titre incarne à lui seul une idée, un propos, même, sur la musique électronique.

Sans Soleil introduit d'emblée un amusant paradoxe à l'égard du travail de Scanner. On y entend Robin Rimbaud (Scanner, donc) fredonner sur un air lancinant de guitare. Ce n'est pas anodin. Comme évoqué plus tôt, Scanner s'est d'abord fait connaître par l'utilisation qu'il fait de captures de conversation : une discussion téléphonique, l'échange entre le contrôleur d'un train et le chauffeur, les rumeurs d'une ville. Or, c'est la première fois que l'on entend Robin Rimbaud chanter sur un de ses disques. Celui qu'on a taxé de pirateur, de voyeur, tourne l'arme contre lui. Bien sûr, ça n'a pas la spontanéité des échanges de deux personnes qui ne se savent pas enregistrées, mais il n'empêche. Ce chantonnement, avec sa fragilité bien propre, son amateurisme, renverrait presque à l'intime, comme si Robin s'était lui-même enregistré en train d'accrocher distraitement ses chaussettes sur une corde à linge.

Sur Pietas Llulia, les chœurs de cordes, comme ceux que l'on pouvait trouver sur Messe : Klang des Macht / Macht der Klang, se frottent à la complainte d'une guitare électrique, le tout martelé par un beat électronique que ne renierait pas Richard Devine. L'ambiance qui en résulte trouverait parfaitement sa place dans une B.O. de Matrix. Elle évoque un monde régi par d'implacables machines, où l'homme, cette chose frêle, ne serait plus qu'un élément asservi avec pour seul atout ses bons sentiments. Il n'y a pas que la musique qui nous guide vers cette interprétation. Il y a les voix aussi, qui nous parlent d'abord de compétition primitive pour finir en murmures "aliens" complètement inintelligibles.

Dans certaines de ses compositions, Robin Rimbaud ne se contente pas de penser le son, il imagine aussi un espace tridimensionnel. Pour son projet audio-visuel Blindscape, il avait déjà repris le principe d'écho-location des chauve-souris afin de travailler l'idée de mouvement. On retrouve un peu cette idée de déplacement sur Anna Livia Plurabelle. Les crépitements de pluie simulent l'extérieur. Peu à peu, ceux-ci laissent place à un fond de chœurs évoquant le recueillement religieux. C'est comme si, en passant devant une église, nous en franchissions les portes pour découvrir l'origine du chant lyrique entendu depuis l'extérieur.

On retrouve ce chant lyrique sur un Broken Faultline aux légers accents dub. Mais cette fois, il n'est plus ce guide qui nous invitait à le rejoindre. Il est devenu un simple élément de la composition, soumis comme les autres au travail de sculpteur qu'effectue Scanner.

Dans un registre beaucoup plus sombre, Yellow Plains Under White Hot Blue Sky invoque à nouveau ces étranges murmures que l'on pouvait entendre à la fin de Pietas Llulia. Sur fond d'incantation vaudou, divers langages (l'anglais, le français) se heurtent les uns aux autres dans le champ stéréophonique. Mais une fois de plus, ce sont les machines qui finissent par prendre le dessus. Les communications électroniques, symbolisées par divers bruits de machine, accompagnent la montée en puissance d'un hymne guerrier. Les voix humaines, réduites en de vagues bruits spectraux, s'évaporent doucement. Scanner ne dessine pas l'homme du futur dans une relation de complémentarité avec la machine, mais bien dans un conflit qui l'oppose à elle. Ce que l'on découvre pourtant à la fin de Yellow Plains Under White Hot Blue Sky, ce n'est pas une supposée victoire de la machine sur l'homme, mais un étrange halo sonore posant l'hypothèse d'une troisième entité, une force tranquille.

À ce stade, Rockets, Unto The Edges Of Edges acquiert un caractère indéniablement fictionnel. Les signes et codes du genre sont réunis. C'est à ce point criant qu'on dirait Through Your Window droit sorti d'une production estampillée Clint Mansell. Le titre n'est pas déplaisant, mais la musique de Scanner, qu'on sait résolument expérimentale, prend ici une tournure étonnement consensuelle.

The Last European évoque pour moi l'idée de léthargie et de réveil, voire de naissance. Les premiers sons que l'on perçoit nous plongent dans un liquide, amniotique peut-être. Puis viennent les premiers mots : des syllabes perçues dans un étrange écho. Les premiers bruits de l'extérieur, les syllabes qui se font plus fréquentes, et l'explosion soudaine d'une machine. Malgré la cacophonie engendrée par les pistons qui s'activent en cadence, la ligne de basse, et le piano plus tard, s'expriment de manière parfaitement distincte. Les textures sonores, qui composent l'ambiance, n'enlèvent rien à l'efficacité du morceau.

A Clearing Between Earth And Air achève l'album sur un ambient techno aérien aux voix énigmatiques. Une clôture finalement assez optimiste, pour un album dont les tons sont plutôt sombres.

Robin Rimbaud signe avec Rockets, Unto The Edges Of Edges un travail de grande qualité ; un travail qui ne s'affranchit pas seulement des genres, mais qui stimule aussi, par la seule suggestion auditive, les autres sens.

Chroniqué par Tehanor
le 16/05/2009

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