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Leila

: Blood, Looms & Blooms



sortie : 2008
label : Warp
style : Electro

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Tracklist :
01/ Mollie
02/ Time To Blow feat.Terry Hall
03/ Little Acorns feat. Khemahl,Thaon Richardson
04/ Daisies, Cats And Spacemen feat. Roya Arab
05/ Mettle
06/ Teases Me feat. Luca Santucci
07/ Carplos
08/ The Exotics
09/ Deflect feat. Martina Topley-B

C'est bon de retrouver Leila. Surtout maintenant, quand tant de chroniqueurs clairvoyants se targuent d'être à l'écoute du dernier cri à venir, alors qu'ils ne sont, pour la plupart, que des vigies accros à l'immanquable, suspendues au bout d'une lorgnette sacrément étriquée. Oui, Blood, Looms & Blooms arrive à point. Voilà un disque à propos, idéal, parce que sans attache, n'annonçant rien, si ce n'est son refus d'être prudent. C'est un disque pour ceux qui n'en ont plus rien à braire de louper les bétaillères de la hype, ceux qui ne sont bien qu'en étant dépassés, largués par l'événementiel latent. Pour tous ceux qui s'éclatent à passer sur les côtés : autant de façons de se ménager encore quelques surprises.

En s'entourant d'une belle brochette de calus - le fidèle Luca Santucci, Terry Hall paradant à la tête d'une revue de tigresses expérimentées comme Martina Topley-Bird ou Roya Arab la frangine ex-Archive canal historique - Leila n'a certainement pas voulu donner dans la surenchère, mais plutôt s'associer à un entourage malléable et suffisamment libre pour se mettre au service de préoccupations mélodiques particulières autant qu'éclectiques (il fallait l'être, souple, pour s'insinuer dans ce Time To Blow dégingandé, hein Terry ?). Ainsi, la jeune Iranienne se démène comme une belle diablesse, sautant à pieds joints sur ces claviers - et tout ce qui lui passe par les mains et la tête - pour en extirper des instrus d'un autre monde qu'elle offre alors en partage à sa troupe.

Pour qui auraient suivi les pérégrinations de l'artiste rien de tellement surprenant dans tout ça. Peut-être même qu'à ceux-là, il leur faudra un peu plus de temps pour dépasser les angoisses que cet effet "redite" pourrait engendrer de prime abord (Deflect n'aurait pas détonné en 95 sur Maxinquaye , même s'il faut admettre que l'effet Martina joue ici à plein). Mais bon, une fois ce cap passé, c'est avec plaisir qu'on voit se dessiner d'autres possibles. On perçoit derrière cette ferme volonté d'écartèlements du langage musical, de l'électro-pop (Norvegian Woods,reprise ratée des Beatles ou le duo génial et bancal de Miss Bird & Mr Hall sur Why Should I) au dub (le très cool Teases Me) en passant par l'IDM (l'excellent Mettle ruisselant et ténébreux à souhait) et la musique orientale (le sulfureux Daisies, Cats and Spacemen où la voix suave de Roya fait fureur), une aventure sonore tout ce qu'il y a de plus ludique ( Little Acorns et son raggamuffin de moutards, Young Ones et son piano "live" défoncé à l'opium), hantée par cette folie qui anime souvent les jeux d'enfants, légère et grave à la fois (un peu comme sur ce superbe artwork où l'on retrouve la jeune fille à la bicyclette).

C'est ce paradoxe qui travaille au corps dès la première écoute. Une langueur triste qui semble tirailler notre artiste. Et Leila, pour s'en défaire ou du moins la maîtriser, de faire avec ce troisième album ce que toute personne normalement constituée - un adulte ! - serait tentée de proscrire : usurper la fonction usuelle des choses, la détourner et en explorer ses limites, histoire d'en rire en se faisant peur (les synthés bien marrants et kitschs sur Carplos finissent par être flippants, comme dans un vieux Giallo), et ne plus (s')ennuyer (loupé sur l'insupportable Ur Train où quelques effets spécieux faussement naïfs auraient pu être évités). Cette liberté de ton touchera ceux qui, de près comme de loin, connaissent la musique et se sont déjà surpris à vouloir la jouer de travers. Ceux qui, minots, ont toujours rêvé de désosser le piano du grand-père, ou d'explorer les capacités de résonances de la contrebasse du cousin.

Blood, Looms & Blooms, s'il n'est effectivement pas novateur, reste de ce haut niveau là, une espèce de retour d'âge ingrat nonchalant mais appuyé, une montée de sève salvatrice qui donne à ces quatorze titres une aura foncièrement attachante.
Ceci étant d'autant plus tangible quand on sait que tous ces morceaux sont restés enterrés jusqu'à ce que leur créatrice ait réussi à faire le deuil de ses parents trop tôt disparus, et décidé que si l'ouvrage devait être remis sur le métier, ce ne serait plus pour le tisser de larmes et de pleurs mais bien de son sang et de fleurs. Bon retour chez les vivants, Mademoiselle.

Chroniqué par Yvan
le 27/07/2008

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