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Absinthe (provisoire)

: Alejandra



sortie : 2006
label : Distile Records
style : Post-Rock

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Tracklist :
01/ Kocka
02/ Amour-Infidélité-Introspection
03/ Someone said : "your heart belongs to the dead"
04/ Love song for a dutch bitch

2002 – Absinthe (Provisoire) aura d’abord été un souvenir effacé. Ouvrir pour GY!BE, même en son fief montpelliérain, c’est une chance et un risque. Il ne me sera resté de cette date que l’image d’un guitariste travesti devant son micro.

2005 – un changement de batteur plus tard, en Avignon – toujours une histoire de sud et de live – médusé, une sorte de révélation, quelque chose de rare et d’assez génial, devant 10 spectateurs tout au plus, Absinthe (Provisoire) donne un concert mémorable.

2006 – Alejandra, le deuxième disque du groupe, paraît enfin, plus d’un an après son enregistrement. Ce disque aurait pu rester une anomalie dans le monde de la musique ; les disques Distile auront eu l’intelligence de faire en sorte qu’il en soit autrement.Rarement je crois, un groupe aura aussi peu ressemblé à lui-même. Comme si l’on pouvait poser la question de l’identité personnelle en musique et y répondre comme si elle n’avait jamais fait problème : certains groupes n’ont aucune identité. Non qu’ils ne soient personne, non qu’ils ne soient pas identifiables, reconnaissables, mais ils ont cette capacité du changement radical qui, d’emblée, les classe dans une catégorie à part. Certains groupes, peut-être parce qu'ils ressemblent plus à des personnes que les autres, peuvent se permettre ce genre de tournant sans réelle solution de continuité.

Alejandra s'ouvre ce qui est sans doute la plage la plus impressionnante de l'album : Kocka. Pas loin de 30 minutes de furie, de mots dont la violence n'exprime ni l'indignation ni la révolte, mais la présence du mal. 30 minutes de calme dangereux et de délire sonore rassurant. Musique que seul un récitatif scandant l'absence d'unité semble pouvoir tirer du néant. Kocka pourrait bien être un lamento sinueux comme un long fleuve de feu duquel les corps des vivants tenteraient de s'extirper. Longues périodes musicales enfantées dans la douleur et qui vont chercher la beauté là où elle ne s’expose pas naturellement, là où sa présence est douteuse : dans les hurlements des disciples de Gilles de la Tourette, dans des phrases musicales qui ne semblent pas pouvoir se tenir, encore moins se maintenir, dans les interférences entre objets métalliques et instruments à cordes, les roulements somptueux de batterie, les larsens, moments de légèreté que l’on détruira patiemment pour parfaire le monument que l’on est en train de faire. Un chant au loin résonne encore : « Nothing inside your skin ».
De Kocka, Amour-infidélité-introspection retient cette folle méthode, la recherche d’une équation impossible, un équilibre entre le bruit et la musique ; recherche qui anime la musique depuis plusieurs décennies. Elle ne sait pas plus garder le silence, comme si la parole devait toujours surgir de ce que l’on appellera, faute de mieux, un chaos organisé. Mais, l’unité qui commence à se dessiner est alors rompue (souviens-toi de ces mots : « Il n’y a pas d’unité ») de la manière la plus incongrue qui soit au sein de ce disque incomparable. Someone said : “your heart belongs to the dead” : chanson de bordel, sans doute, et sa guitare retenue, sa voix brisée, ses corps cherchant à battre la mesure malgré la fatigue, son chœur aphone chantant l’air. Toujours la même intention, mais un mode totalement autre de la faire entendre. Kocka forme ainsi avec Someone said : “your heart belongs to the dead” un duo qui témoigne de l’étendue du savoir-faire-résonner-la-musique-dans-toute-son-étendue que le monde entier pourrait bientôt finir par jalouser à Absinthe (Provisoire).
Certes, Love song for a dutch bitch achève de faire pencher la balance du côté Kocka d’Alejandra, mais l’existence et la présence d’un autre côté, moins violent, quoique tout aussi torturé, tout aussi prompt à fouiller ses entrailles pour en sortir une masse sonore d’une chaleur rare, prouve la liberté de ce groupe qui a su s’affranchir des influences qui l’ont tout d’abord conduit à la musique pour affirmer une identité absolument personnelle.

Alors non, il n’y a pas d’unité, mais il y a des corps qui s’agrègent et forment des entités pour émettre des sons inouïs. Ces entités-là méritent plus le nom de personnes que ce que nous avons coutume de nommer ainsi. Absinthe (Provisoire) est une personne, folle à lier, c’est à craindre, mais surtout follement exigeante. Et, ce qu’elle dit, cela ne saurait rester lettre morte. À bon auditeur…

Chroniqué par Jérôme Orsoni
le 25/10/2006

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