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Daedelus

: Denies the Day's Demise



sortie : 2006
label : Ninja Tune
style : Electronica / Latin-Jazz

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Tracklist :
01/ At my heels
02/ Sundown
03/ Nouveau nova
04/ Viva vida
05/ Samba legrand
06/ Like clockwork springs
07/ Lights out
08/ Bahia
09/ Our last stand
10/ Patent pending
11/ Sawtooth EKG
12/ Dreamt of drowning
13/ Sunrise
14/ Petite samba
15/ N

Un an après la sortie de Exquisite Corpse sur les labels Ninja Tune et Mush, Alfred Weisberg-Roberts alias Daedelus nous revient avec Denies the Day's Demise, objet curieux et résolument inclassable, à l'image de son créateur. Pour ceux qui ne connaîtraient pas notre homme, ce californien, compositeur et multi-instrumentiste précoce (clarinettes, contrebasse, claviers…) s'est principalement fait connaître au travers de ses riches collaborations dans le milieu du hip-hop underground (Busdriver, (Mf Doom, (Mike Ladd). Pourtant c'est en marge de son travail de beatmaker que l'identité de Daedelus s'illustre. Dans la droite lignée de ses premiers opus Invention et Of Snowdonia, cette dernière livraison est un véritable album solo, après la pleïade de featuring présente dans Exquisite Corpse. Sans se détourner du leit-motiv onirique de ses débuts, Denies the Day's Demise apparaît plus nerveux et déjanté, véritable bouillon musical retro-moderne.

Dans la besace de cet inventeur fou, les rythmes latins (samba, tango, etc.) côtoient la musique du début de siècle dernier et les réminiscences rave, orchestrés avec brio par une electronica sauvage. A l'heure où la technique électronique se perfectionne, nombreuses sont les productions léchées jusqu'à en devenir lisses, œuvres de laborantins pédants. En véritable esthète, Daedelus rappelle à tous qu'il ne faut pas oublier de faire de la musique, de mettre la science au service de la créativité et pas le contraire. Ce qui n'est pas sans rappeler la démarche et la vision d'un certain Erik Satie, un siècle plus tôt. Car si elle n'est pas facilement abordable, par sa densité, la musique de Daedelus reste profondement populaire parce qu'humaine. Semblant comprendre que l'imperfection et l'erreur sont l'essence de l'art, le compositeur laisse vivre sa création : rythmiques bancales, boucles qui dépassent, accélération / décélération à peine perceptibles… L'art de la prise de risque, le culte de l'accident. Ce qui ne cache pas l'excellence de la production, tout en relief et en nuance de grain, de loin supérieure aux albums précédents.

Le disque s'ouvre en grandes pompes sur le galop sauvage et brillant de At my Heels, avant de ralentir à peine le temps de Sundown, une chansonette épileptique qui nous plonge en plein milieu d'une rave-cabaret improvisée au cœur de l'Amazonie. Une vision incongrue qui nous poursuit tout au long de l'album, comme sortie d'un rêve éveillé provoqué par la chaleur et la fatigue. C'est que malgré ses attraits seyants et colorés, Denies the Day's Demise est à mille lieues d'un exotisme criard.
Le voyage nous pousse un peu plus vers le sud, avec Nouveau Nova, ses broken beats superposés à la clave du tango dans une cadence soyeuse, coupée ça et là d'éclairs synthétiques. Un contraste improbable mais tellement réussi, à l'image de l'album entier. Plus loin l'ambiance devient fiévreuse, tellurique sur Samba Legrand et carrément bouillonante sur Like Clockwork Springs. La machine s'emballe, pour notre plus grand bonheur, toujours traversée par la déflagration des synthés analogiques se frayant un chemin au travers des syncopes latin-jazz. Pas facile de garder pied, pas vrai ? Mieux vaut se laisser aller, rebondissant sur Lights Out ou Bahia, plus accessible mais tout aussi réussis.
Un petite bouffée d'air frais avant de repartir dans la moiteur cauchemardesque et orageuse de Out Last Stand, véritable déluge sonore qui fera fuir les plus timorés. On perd conscience, réveillés par les echos lointains d'un big band et la berceuse enfantine de Patent Pending, renvoyant directement à la pochette de l'album et son Little Nemo.

Le monde du rêve, c'est définitevement de ça qu'il s'agit dans la musique de Daedelus. Mais le petit garçon rêveur et peu assuré de Invention a grandi, et brandit fièrement son imagination tel un trophée. On pourrait parler d'album de la maturité, à condition bien sûr de ne pas lui associer la notion de raisonnable. Car la raison n'a pas grand chose à faire ici, l'artiste ayant ouvert les digues de son inconscient à sa musique. Et c'est ce qui rend ce disque émouvant et jubilatoire.

Je ne continuerais pas ce voyage au fil des titres, vous laissant la chance de le vivre à votre guise. Sachez cependant que ces quinze morceaux sont autant d'alliages de couleur différents, fusionnant dans un brun riche et profond, dense et complexe. Tous ces qualificatifs pour dire qu'au final on a entre les mains un disque rare et déroutant, qui abrite cependant une véritable mine d'or… Brut, évidemment !

Chroniqué par Rafiralfiro
le 06/10/2006

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