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Rocé

: Identité En Crescendo



sortie : 2006
label : No Format
style : Hip-hop

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Tracklist :
01/ Je chante la France
02/ Amitié et amertume
03/ Seul (feat.Archie Shepp)
04/ Le métèque
05/ Appris par cœur
06/ Ma saleté d’espérance
07/ Des problèmes de mémoire (feat.Potzi)
08/ L’un et le multiple (feat.Jacques Coursil)
09/ Les fouliens
10/

Que les amateurs de lyrics soignées se réjouissent : l’homme qui s’autoproclame Tino Rocé est de retour ! José Kaminsky est né en 1977 d’un père juif et d’une mère musulmane, ce qui le tient assurément à l’écart d’un certain manichéisme fort présent dans l’atmosphère urbaine. Après avoir posé ses premièrs rimes sur des maxis en 1998, Rocé est remarqué par DJ Mehdi qui produit pour lui le morceau On s’habitue, lequel se retrouvera sur le EP L’Espion en 2000, puis sur son premier album Top Départ en 2001.

Après 5 ans d’absence, Rocé revient dans les bacs avec cet album Identité en crescendo. Pour commencer par un défaut, il faut reconnaître que Rocé ne fait pas d’albums qui pourraient servir de fond musical à une soirée entre potes. Le flow est parfois un peu sec et basique pour se laisser écouter sans broncher. Mais ce qui sera considéré comme une tare par certains fait partie intégrante de l’univers du "métèque". La plume est fine, très fine et rappelle qu’un stylo peut être une arme extrêmement puissante, un excellent moyen de véhiculer ses idées. L’album est dense. Il ne se laisse pas écouter tout seul. Les instrus peuvent sembler bizarres mais créent un univers très personnel et cohérent, souvent teinté de free jazz comme en témoignent les collaborations avec Archie Shepp (qui clôt d’ailleurs l’album par une piste instrumentale), Potzi (guitariste de Paris Combo), Jacques Coursil et Antoine Paganotti (batteur de Magma). Une chose est sûre : Rocé a une identité artistique propre et bien stupide serait celui qui le lui reprocherait.

Tout commence par un sample cuivré sur lequel le MC pose son malaise avec la France avec intelligence. Pas de "nique le système" ou autres clichés d’un street rap sclérosé. Rocé leur préfère des formules bien plus travaillées traduisant une crise identitaire telles que "Moi j’ai des pays cassés. Ce ne sont pas des prothèses. Lié par parenté, je n’peux les mettre entre parenthèses. Et personne n’a à me dire le pied sur lequel je danse. Qu’elle m’accepte comme être multiple et je chanterai la France". Le ton est donné : le MC n’est pas là pour devenir une coqueluche mais bien pour faire parler sa plume. Comme il le dit lui-même dans Ma saleté d’espérance : "Refusant de vivre des rimes, préférant vivre d’intérim pour laisser libre court à l’art sans patron, sans référence, laissant loin de moi cette frime qui rend bien médiocrissime, laissant mes mots devenir stars, révolutionner cette science."

Amitié et amertume est une "tentative d’analyse de l’être humain dans ses relations avec ses pairs". L’instru est toujours épurée et laisse Rocé poser son texte finement ciselé. Seul donne dans le slam avec pour accompagnement quelques envolées du saxophoniste Archie Shepp. Un texte introspectif qui met un miroir devant chacun d’entre nous. Le métèque commence par un refrain bien senti, emprunté à Georges Moustaki : "Avec ma tête de métèque, d’juif errant, d’musulman, ma carte d’identité suspecte d’étudiant noir, d’rappeur blanc, j’commets l’délit d’ faciès à tout lieu et de tout temps. J’sais pas c’que j’suis aux yeux des êtres mais j’sais c’que je suis sans", prélude à un texte fort bien écrit (une fois de plus) sur le manque de personnalité des gens, l’esprit de troupeau en face desquels il positionne son "identité en crescendo". Dans Des problèmes de mémoire, Rocé règle ses comptes avec les anciennes puissances coloniales ayant du mal à admettre leur histoire passée et son poids dans le présent. "Les fouliens sont bavards mais leur bruit, leur vent, leur tempête ne dit jamais rien." Voilà une phrase qui résume bien la critique de l’effet de masse, le manque de personnalité, d’identité, et de communication entre tous ces "fouliens" qui se voient sans se regarder, s’entendent sans s’écouter, parlent pour ne rien dire. Aux nomades de l’intérieur met en garde contre le double tranchant de l’introspection : "Trop d’remises en question font d’la question ta seule route. Tu doutes de ton pouvoir. Tu donnes pouvoir à tes doutes."

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur les lyrics travaillées de Rocé ainsi que sur l’ambiance particulière de l’album. Les fans de sons club ou electro risquent d’avoir du mal avec les productions épurées aux accents free jazz, mais ceux-ci n’en sont pas moins un parfait support aux textes magnifiques. On peut éventuellement reprocher à Rocé une certaine redondance dans son discours sur l’identité mais à défaut de plaire à tout le monde cet album porte extrêmement bien son nom ; on ne pourra pas par contre pas lui reprocher de manquer de personnalité et c’est cette identité propre qui en fait un très grand artiste qui confirme son talent 5 ans après le classique Top Départ.

Chroniqué par Karlito
le 02/06/2006

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1 commentaire

par nil (le 14/11/2006)
Bien qu'il prenne de temps à autres les baguettes, Antoine Paganotti n'est pas batteur de Magma. Il est avant tout chanteur pour ce groupe. C'est Christian Vander, tête pensante du groupe, qui s'occupe de martyriser les fûts.
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