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Tomas Korber

: Effacement



sortie : 2005
label : Cut
style : Electronica

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Tracklist :
01/ Thermo
02/ Wüste
03/ Fred Austere
04/ The Synaptic Spell
05/ Too Thin a Skin
06/ Que les jours s'en aillent

Œuvre pointilliste et minimale à la fois, foisonnante bien que rigoureusement géométrique, Effacement met en scène six compositions fondées sur un même schéma de crescendo, six blocs dynamiques de matière granulaire en prise avec le silence, six mouvements qui conquièrent d’abord leur espace, avant de disparaître. Tomas Korber a recours à une diversité de techniques que le son n’exhibe pas, loin s’en faut : guitare, ordinateur, field recordings et électronique.

Tout disparaît en quelque sorte sous le projet du musicien, que ce soit le réel enregistré ou les instruments auxquels il a recours. D’une abstraction d’abord extrême (Thermo, Wüste), Effacement semble progressivement s’ouvrir à mesure que se déploient dans le temps chacune de ses corolles : Fred Austere met ainsi à contribution des percussions métalliques, systèmes déséquilibrés d’arythmies séduisantes, une danse minimale pour micro-percussions. Le minimalisme sait se faire entêtant, sa qualité fantomatique est mise à contribution de belle manière dans ce morceau qui navigue entre ethnicité désincarnée (les percussions), fantasme ultra-technologique au rebut, et élans contenus, dynamiques avortées, cinégénie interrompue. Granulation et saturation : Tomas Korber n’a pas attendu d’être vieux (26 ans) pour intégrer ses modèles, Keith Rowe, Jason Kahn, Günter Müller ou Steinbrüchel, autant de guitaristes ou d’électroniciens à la frontière des architectures granulaires les plus rigoureuses et de l’improvisation, qui donnent à ce projet une sorte de caution de qualité, un héritage à l’intérieur duquel il prend sa place doucement, sans bouleverser la donne – on ne la bouleverse pas si facilement et ce type d’expérimentations électroniques est une musique du temps long, sans bouleversement violent fréquent.

Crépitements et grésillements, bruissements et télescopages microscopiques, essors brutaux ou longues envolées s’échangent par cycle à l’intérieur de ces six pièces que Korber a conçu comme une seule et même composition à six volets, variations sur un même schéma, autant d’essais pour approcher et capturer le moment exact où le son émerge et disparaît. Art du ressassement, du piétinement sonore, du retour sur soi et des tentatives six fois réitérées, la musique de Tomas Korber est habitée par le manque, gagnée par une déficience du son qu’elle cherche à résoudre. Toujours en défaut, son caractère à la fois ouvert et clos, dynamique et monomaniaque l’éloigne de la rigueur confiante des œuvres géométriques dont elle s’inspire : derrière les processus, l’abstraction et l’électronique drastique perce quelque chose comme la conscience d’un échec et la nécessité de réitérer toujours les mêmes gestes, les mêmes tentatives. L’arbitraire de l’abstraction est alors gagné par une nécessité de musicien, la froideur des systèmes fond peu à peu sous la vie invisible qui parcourt la musique et qui vient dessiner les grandes lignes, encore à confirmer, d’une vision du monde.



Chroniqué par Mathias
le 14/01/2006

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