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Audion

: Suckfish



sortie : 2005
label : Spectral Sound
style : Techno minimale

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Tracklist :
01/ Vegetables
02/ Your Place or Mine
03/ T*tty F*ck
04/ T.B.
05/ Kisses
06/ Wield
07/ Taut
08/ Rubber
09/ Uvular
10/ The Pong
11/ Just F*cking

Paraissant sur Spectral Sound, l’antenne de Ghostly consacrée à la techno minimale, cet album d’Audion incarne assez synthétiquement la ligne de la dite antenne tout en délaissant la psychédélie qui la définit au profit d’un recentrement sur les soubassements sonores de la techno minimale, gonflée pourtant ici aux hormones : des kicks hénaurmes, des basses qui défient les profondeurs du spectre sonore, des sons homéopathiquement distribués le long de la timeline de chaque morceau, sonorités qui sont toujours des presque promesses de mélodies, deux notes mises en boucles, parfois une seule note répétée, définissant un motif répétitif qui s’ajoute à tous les autres, tourne en des sens différents et induit un hypnotisme spiralique pour le moins efficace. Pas de crescendo, d’ajouts des sons les uns aux autres selon une logique de l’accumulation (c’est souvent le cas des musiques hypnotiques), mais plutôt des ajouts précisément compensés par des retraits, un jeu d’apparitions / disparitions alternées : chaque morceau, ainsi, plutôt que de dessiner une courbe vers un point d’orgue sonore, préfère organiser circulairement son espace autour d’un centre ouvert toujours plus étroit, un centre qui semble se refermer à mesure que le morceau se déroule et que l’auditeur s’enfonce au cœur du son. Les morceaux de Matthew Dear ne tendent pas vers un but, une fin qui justifierait le parcours sonore préalablement effectué et qui l’annulerait en regard de l’orgasme final, mais sont plutôt guidés selon un trajet errant, délimité sans que rien, pourtant, n’appelle ou n’annonce le terme de l’ensemble. Les conséquences sur la perception du temps sonore au sein de chaque morceau sont importantes : plus de mesure exacte de la durée qui rapprocherait toujours un peu plus l’auditeur d’un acmé, mais plutôt un temps non pulsé, lisse (et pourtant marqué par une pulsation omniprésente), dans les rotations duquel l’auditeur se laisse engloutir. De quoi définir une techno minimale moins géométrique que subaquatique (Wield), avec des durées globalement longues pour chacun des onze morceaux. Malgré cette absence de mesure du temps, d’orgasme sonore qui viendrait clore chaque morceau comme une épiphanie, la musique d’Audion est vigoureusement sexuelle, pas seulement parce que les titres le sont (Suckfish, T*tty F*ck, Kisses, Uvular, Just F*cking) ou parce que la pochette pourrait vous rappeler je ne sais trop quoi, mais parce que cette abolition des durées est avant tout physique et sensuelle, et procède d’une chaleur sonore dont l’origine est le dancefloor plus que le spectre (sonore) lui-même. Sexuelle aussi dans ce jeu d’apparitions et de disparitions qui, à la manière d’un érotisme du voilé / dévoilé, attise un désir pourtant sans objet (des corps eux-mêmes spectraux), s’y dérobe, le relance, ad vitam. De la même manière que les titres ont subi une biffure qui en interdit le caractère suggestif ou immédiatement sexuel, la musique d’Audion flotte dans un espace trouble de corps moites, espace interlope entre la pornographie et une sensualité distanciée, hypnotique, où la pulsation la plus physique mène autant à un oubli du corps qu’à son ravissement érotique. Avec cette pornophonie promise et refusée pour être mieux offerte ensuite, Matthew Dear signe un disque subtil, élégant et corrupteur : recommandé.

Chroniqué par Mathias
le 13/12/2005

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3 commentaires

par rakimou (le 11/02/2010)
Merci pour cette parfaite description valable tout autant pour toute la techno minimale et notamment allemande qui a déferlé ces dernières années. Je pense par exemple à l'album Alcachofa de Ricardo Villalobos.

par Armony (le 21/07/2009)
Merci pour cet article, qui m'a permis de mieux cerner cet album et ce son hypnotique, dans lequel je suis tombé depuis que je l'ai découvert.. Je comprend mieux effectivement la démarche de l'artiste ou finalement il n'y a ni montée ni descente et où l'on tourne en boucle de manière fascinante, telle une dansante nuptiale excitante d'un coït sans fin...

Merci :)
none
par f@zou (le 03/01/2007)
Belle description et Spécialement pour le titre "Suckfish"
Ce dernier est d'une éfficacité rare..
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