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The Residents

: The Third Reich'N'Roll



sortie : 2005
label : Mute Records
style : Bruyance anti-rock

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Tracklist :
01/ Swastikas on parade
02/ Hitler was a vegetarian

En 1976, The Third Reich'n'Roll est le troisième disque des Residents (en comptant le judicieusement nommé Not Avaible). Labels le réédite aujourd'hui, réactivant sa pochette d'origine, frappante, et l'accompagnant d'un livret qui nous documente sur ce groupuscule en rebellion contre tous les "-ismes" et idéologies totalisantes, activistes de la marge devenus cultes à force d'expérimentations et de provocations dans leur musique et dans la façon de la présenter.

Comme tout système, l'institution pop produit des impuretés dans ses marges. Voilà donc un disque qui pète et qui rote en lo-fi. The Third Reich'N'Roll opère sur deux longues pistes une reconfiguration iconoclaste d'hymnes pop, en circonscrit violemment l'attrait sensuel, les soumet à une véritable Terreur sonore, entre électro-acoustique, improvisation foutraque, et jeu désinvolte avec les contraintes des conditions d'enregistrement. Les Residents entretiennent une totale psychose en rinçant nos repères au White Spirit, ils déjouent les habitudes de plaisir et les attentes d'agréable de l'auditeur, pour l'entraîner sur le terrain du psychodrame et de la sketchologie.

On ne s'étonnera pas alors des slogans déplacés, ni des entrechocs de sens et de sensations. Cette contre-propagande vociférante, avec une durée des morceaux qui consiste à elle seule un positionnement (anti)-idéologique, s'attribue une force parodique, référentielle. Les airs populaires sont revus en des caricatures grimaçantes, qui renvoient par contraste à leur toute-puissance de formatage. The Third Reich'N'Roll montre les (mal)traitements possibles d'une même chanson, les choix alternatifs, un champ des possibles musicaux qui rétroactivement fait paraître bien fades les originaux. Ces chansons sont des commentaires de ces originaux, mais aussi des nouveaux produits, inédits et inattendus, à la manière d'une série de Campbell Soups défectueuses et avariées. Autant de réinterprétations contradictoires, tressautant de tachycardie rythmique en berceuses malaisées à la scie musicale.

Plus qu'une curiosité, un disque expérimental et désordonné qui accouche de sonorités - enfants terribles que ne renieraient pas centaines électroniciens modernes. Le disque évite ainsi de ne valoir que par son discours politique / anti-musical, de tout reposer sur son paratexte (l'imagerie de caricature du fascisme, ici assimilé à l'institution rock, est développée dans le livret). Il s'agit avant tout d'un jubilatoire acte de frénésie et de dépense, d'une pop extrémiste née d'une systématisation de la méthode du détournement traumatique, à la production parfois quasi-psychédélique : on y trouve des désaccords, des roucoulements féminins hors de propos, des samples du top 50 parasités, des grooves pieds-bots ou délinquants. Une entière cacophonie par ce qui pourrait être des fédérateurs se vengeant d'avoir été déchus de l'entertainment, en superposant des râles et télescopant des éléments hétéroclites aux effets étonnants, à la manière de Wevie Stonder ou Ground Zero.

La seconde piste débute comme une musique de film, passe directement à une réinterprétation approximative d'ambiances de clubs arty (dans le genre de la compilation Anti NY), puis à des choses indéfinies tout aussi chantables sous la douche que le dernier single de Kylie, le laisser-aller dans la voix en plus. Les grands airs de l'époque s'extériorisent sur le mode délirant que l'auditeur prend spontanément quand ils lui viennent. Place est faite à un esprit festif selon lequel ces chefs-d’œuvre (en terme de succès du moins) de l'industrie du divertissement devraient toujours se vivre, plutôt que d'être objectivés, sacralisés. Une succession d'edits qui touche à une certaine bruyance formaliste (un peu Kontakte meets Elvis), avec des saxs enroués de bidouilleurs et des cris punks mêlés, des fascinants synthés criards et des organismes électroniques vulgaires, propulsés dans une esthétique spectaculariste.

Il n'y a pas de richesse enfouie à chercher dans les réécoutes de ce disque, c'est seulement la répétition d'un évènement dont témoigne l'enregistrement. La fonction du support disque est de réitérer un geste qui reste irréductiblement "live" dans son intention première. Nul besoin non plus d'être érudit pour s'amuser à chercher les originaux ici massacrés, et à la limite, on peut tout aussi bien s'en passer. On n'est pas loin finalement de la démarche plunderphonique d'un John Oswald ou des récentes destru-cut-ations - bootlegs des derniers tubes. Et au-delà, comme son titre le promet, The Third Reich'N'Roll reste un outil féroce pour répandre de mauvaises vibes.

Chroniqué par Guillaume
le 12/12/2005

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Rock Expérimental / Opéra-Rock



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