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Mono

: Palmless Prayer / Mass Murder Refrain



sortie : 2005
label : Human Highway Records
style : Post-rock

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Tracklist :
01/ …
02/ …
03/ …
04/ …
05/ …
06/ …

Les musiques électroniques — j’entends ce terme au sens large de toutes les musiques qui mettent en jeu de manière décisive dans leur création et leur exécution des dispositifs techniques digitaux élaborés, qu’il s’agisse du dispositif : deux platines + une boîte à rythmes du DJ ou du studio de P.A.O. de la musique acousmatique — n’ont peut-être pas tant révolutionné la musique que nos manières d’écouter (de) la musique. Elles ont fait de nous des DJ virtuels qui disposent mentalement comme sur leurs ordinateurs des moyens d’analyse comparative de ce que nous écoutons. L’analyse comparative en elle-même n’a rien d’original, c’est la façon dont elle peut être effectuée par la technologie qui l’est, par exemple : en superposant deux titres, que l’on rapproche tout d’abord de mémoire, en les jouant simultanément, en harmonisant les vitesses, etc.

Mettre à l’épreuve la musique, la mettre en quelque sorte à l’épreuve de notre écoute, ne révèle pas la musique, elle nous permet simplement, mais ce n’est pas rien, d’éprouver en retour notre écoute. Par exemple, le « Ça me fait penser à … » est relayé par l’exposition, dans leur superposition, de la similitude plus ou moins grande qui existe entre deux pièces. Ainsi passant, comme il est de coutume, de la « théorie » à la « pratique », lorsque l’on écoutera la première piste de Palmless Prayer / Mass Murder Refrain de Mono & World’s End Girlfriend, on commencera par s’écrier, plus ou moins intérieurement, selon son tempérament : « C’est Moya de Godspeed You Black Emperor ! » avant d’aller chercher Slow Riot For New Zero Kanada, dont le titre en question est extrait, et de l’écouter tout d’abord indépendamment. Puis, constatant que la ressemblance est plus que frappante, on passera à l’étape de la superposition, étape au cours de laquelle, on devra constater que, malgré la volonté de toujours proposer des interprétations charitables des disques que l’on écoute, plus encore que d’influence, on devrait peut-être bien parler de plagiat.

Cette piste est à ce point semblable, harmoniquement, à Moya que l’on a du mal à y croire. On voudrait se tromper. Aussi demande-t-on l’avis d’autres oreilles. Elles confirment. Certes, il y a des variations, mais on est loin de ce que l’on pourrait appeler des « Variations Moya » (comme il y a, au contraire, des « Variations Goldberg » ou des « Variations Diabelli »). On a affaire à une copie presque conforme de l’introduction. Cependant, à la différence de l’original, celle-ci s’étend sur plus de 12 minutes ce qui, il faut le souligner, est en l’occurrence bien long. Jusqu’au début de la troisième piste, ce sera toujours la même histoire, les deux premières n’en finissant pas de sombrer dans une léthargie qui semble être totale. Alors seulement, la guitare viendra un peu divertir le thème exposé inlassablement par le quatuor à cordes. Diversion ou divertissement, on ne sait pas trop. De toute façon, cela importe guère tant c’est répétitif. Le quartet (Mono) fait finalement son entrée et le violon scande la même sempiternelle mélodie, un peu douce, un peu triste, un peu mélancolique, un peu facile. Puis, ça monte, ça manque d’exploser. Et puis, non. Ou alors on n’a pas fait attention. Toujours est-il que ça continue et qu’au bout d’une heure, malgré un peu de piano et des chœurs, on commence à être fatigué de toute cette litanie sans originalité.

Là où GYBE ! — faisant preuve d’un sens rare de la symphonie, si rare qu’il reste inégalé depuis plusieurs années — créait en l’espace d’une dizaine de minutes une pièce sombre et dense, puissante et variée, Mono & World’s End Girlfriend s’embourbent, pendant une heure et quelque vingt minutes, dans les méandres d’une imitation dont ils ne parviennent pas à se sortir. Le résultat n’est pas désagréable toutefois. Non, il est tout simplement dépourvu d’intérêt.

Au terme de cet exercice, on ne peut que se demander de Katsuhiko Maeda, alias World’s End Girlfriend, non sans une certaine inquiétude, lui, dont l’univers est, d’habitude, si personnel, lui qui s’affirme, au fil des disques et sur scène, comme un ironiste musical, inventif et novateur : mais qu’allait-il faire dans cette galère ?


Chroniqué par Jérôme Orsoni
le 28/11/2005

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1 commentaire

par Karloff (le 03/09/2015)
Grand fan de WeG et de Mono (et de Gybe!), je tiens à rectifier. Ce n'est pas Moya, la référence, mais la Symphonie numéro 3 de Gorecki citée par Gybe! et morceau d'intro de certains concerts de Mono. Le motif répétif est un escalier dodécaphonique.
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