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Robert Ashley

: Celestial Excursions



sortie : 2005
label : Lovely Music
style : Musique contemporaine / Opéra Nouveau Genre

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Tracklist :
01/ Act I
02/ Act II
03/ Act III

Chez Infratunes, parfois, de petits moments de folie nous poussent à chroniquer des opéras contemporains. Chose rare il est vrai, et qui sort un peu de la ligne éditoriale à laquelle sont habitués nos lecteurs (n’est-ce pas, cher lecteur ? si je mens signalez-le moi) mais, ici, le coup de poker s’avère payant (et si vous n’écoutez pas d’opéra, cher lecteur, c’est le moment d’essayer). Et surtout (je suis le premier surpris, en fin de compte) la surprise de voir que ce type de travaux dont le nom générique sûrement en rebute plus d’un parmi nous n’est pas si éloigné de ce dont nous avons l’habitude de parler, musique électronique à tendance bleep, computer-process et expériences sonores en tous genres.

Voilà donc notre opéra en trois actes, travail hypnotique, verbal et sonore de répétition et de traitement de toutes les textures qui passent à la portée du compositeur, travail maximal et (on s’en doutait) en prise avec une ambition maximaliste et cosmique de démiurge sonore, quelque chose qui évoque, dans son foisonnement et sa manière de mêler la culture populaire à la culture savante, le travail d’écriture et de malaxage des mots de Joyce dans Ulysses(référence déclarée).

De ce que le livret indique en termes de dramaturgie et de scénographie, les personnages dont vous entendrez les voix sur ce disque sont assis à une table et parle-chantent un long poème-aventure polyphonique et métaphysique, où les voix s’accroissent ou diminuent en nombre au gré des inflexions de l’action, commentent le modus operandi de la scène et de la musique, dialoguent avec d’étranges personnages à teneur mythologiques qui apparaissent sur le plateau et qui sont, dans le cadre d’une écoute aveugle, assez lisiblement isolés dans la trame sonore. De sorte que l’action semble autant sur la scène et dans la conduite musicale à proprement parler que dans la façon qu’ont les personnages de raconter l’aventure de la naissance du texte, celle de la musique ainsi que les surprises et émerveillements du monde intérieur de l’ordinateur et de la synthèse sonore. En quelque sorte, un opéra qui est aussi un art poétique, où le compositeur dramatiserait jusqu’à une échelle céleste son aventure de musicien, son excursion d’aède moderne au milieu des constellations.

Et de constellations, cette musique en est saturée : d’abord parce qu’un travail omniprésent sur les voix se charge de structurer le flux quasi ininterrompu de paroles et de dialogues, en mettant certains fragments en boucles, en en isolant d’autres par la modification des textures, ensuite parce que l’opéra constitue moins un opéra au sens dramatique du terme qu’une sorte d’entrelacement scénique de multiples récits qui s’entremêlent en permanence et se développent simultanément. Le tout donne naissance à un système de voix mouvant, constellation ou mobile de Calder, où le souffle d’une voix chasse l’autre et impulse son mouvement à toute la construction. Au final, une œuvre un réseau vocal d’une complexité incroyable et d’une grande intensité rythmique. D’un point de vue purement orchestral, Ashley est sûrement l’héritier des grands représentants de la musique répétitive américaine, encore qu’il s’en détache en insistant moins sur la répétition que sur le souffle et le vide ménagés entre chaque occurrence d’un motif. Les nappes, les incursions d’instruments percussifs ou les sonorités purement acousmatiques se répètent de loin en loin, forment des téléstructures, tissent un patient lacis autour des voix mais gardent toujours une souplesse qui est celle, sûrement, d’un vide stellaire.

Il est certainement difficile de juger un opéra contemporain pour qui n’est pas versé dans les arcanes de cet art. Mais si l’amateur de musique électronique et contemporaine accepte de collaborer avec l’amateur de littérature et de théâtre, il se pourrait bien que le binôme ainsi formé vous recommande chaudement d’aller faire une petite excursion dans les brillantes sphères de cet opéra.


Chroniqué par Mathias
le 26/10/2005

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