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Jose Gonzalez

: Veneer



sortie : 2004
label : Agenda Music
style : Folk

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Tracklist :
01/ Slow moves
02/ Remain
03/ Lovestain
04/ Heartbeats
05/ Crosses
06/ Deadweight on velveteen
07/ All you deliver
08/ Stay in the shade
09/ Hints
10/ Save your day
11/ Broken arrows

Comme si dans le monde, ou plutôt quelque part bien à l’écart, quelqu’un pouvait encore prendre une guitare, une simple guitare, en jouer avec ses seuls doigts et, n’y ajoutant que sa seule voix, en tirer des odes ou des complaintes, on ne sait trop. Le faire comme si cela ne soulevait aucun problème. Comme si, en quelque sorte, il suffisait d’y penser. Y penser, c’est-à-dire le faire. Simplement. Avec ses doigts et sa seule voix, une guitare seule pour toute compagnie. Composer et interpréter des chansons simples. Simples comme un mot doux ou comme une larme, comme on voudra. C’est-à-dire d’une complexité inouïe parce qu’à l’image des sentiments qui sont présentés, mis en musique.

Comme s’il avait suffi de cela à Jose Gonzalez pour composer et interpréter un album qui n’est en rien sentimental mais qui porte avec lui des sentiments que, dans le monde, on a tendance à railler, à considérer d’un rire narquois et dont on se moque ouvertement, cela étant devenu de bon ton. Parce que ce monde, auquel Jose Gonzalez semble échapper sans même y prêter attention, a ainsi évolué que tout ce qu’évoque Veneer est supposé devoir être l’objet des soupçons les plus acerbes : le caractère particulièrement dépouillé des arrangements — ce dont il est question et qui est dit sans mièvrerie aucune : souvent l’amour à propos duquel une seul argument peut parfaitement tenir lieu de discours : « You left a lovestain on my heart. And you left a bloodstain on the ground. But blood comes off easily » (Lovestain).

De là à faire l’apologie du premier degré, du sens direct, pur et naturel, il n’y a qu’un pas. Sans doute. Il appartient à chacun de le franchir ou non. Il appartient à chacun de choisir l’attitude qu’il voudra bien adopter à l’égard de cette musique : s’y plonger tout entier ou s’en détourner complètement. Peut-être peut-on plus modestement goûter avec plaisir et admiration ces phrasés de guitare servis sur la noble lie d’une technique infaillible (Remain en est un exemple parmi d’autres). Peut-être peut-on apprécier la radicalité dont fait en fait preuve ce disque, radicalité qui n’a rien de réactionnaire, mais qui semble simplement avoir émergé dans un autre monde possible, ni pire ni meilleur que ce monde-ci, un monde simplement différent, un monde où l’on ne fait pas de la musique tout à fait de la même manière que dans ce monde-ci.

Le seul regret que l’on exprimera alors est qu’une trompette vienne déstabiliser cet équilibre à nul autre semblable entre un musicien et lui-même sur Broken arrows. Car, on se dit dès lors que le monde dans lequel on pensait que Jose Gonzalez vivait n’est pas un monde dans lequel les seuls instruments qui existent sont des guitares acoustiques. C’est un monde qui, au final, n’est pas tellement différent du nôtre. Or (c’est un sentiment tout personnel que j’exprime à présent) cela est bien dommage tant s’en trouve atténuée la radicalité que le disque semblait assumer. Et, si les chansons sont toujours belles, cette atténuation le rend cependant plus commun. Elle ouvre aussi à un paradoxe : celui du solipsisme musical, dont Bob Dylan fit l’expérience en son temps, qui veut que l’on ne puisse s’empêcher de faire appel à l’autre pour jouer sa propre musique.



Chroniqué par Jérôme Orsoni
le 11/06/2005

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