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Florilège musicopathe

: #10: Au hasard Balthazar



Profitons de cette journée pour fêter la musique avec une petite sélection d'albums sortis récemment. Au programme: le hip-hop massif de Dälek, la guitare folk de Glenn Jones, le jazz libérateur de Fire! et l'ambient intimiste de Solo Andata.

Dälek - Asphalt for Eden (Profound Lore)

Des multiples mutations que le hip-hop a pu subir au cours de ces 20 dernières années, celle proposée par les américains de Dälek depuis l'oppressant From Filthy Tongue of Gods and Griots en 2002 se pose là. Avec son flow guttural (celui de MC Dälek) et ses sonorités industrielles voire noise, le groupe ne fait clairement pas dans la dentelle. Ce dernier a d'ailleurs été signé pendant un temps sur Ipecac, le label de Mike Patton, grand amateur de bizarreries s'il en est. Après 7 ans d'absence, Dälek revient avec un Asphalt for Eden qui ne déçoit pas et ouvre même la noirceur massive du trio à plus de légèreté et de luminosité. C'est notamment le cas sur l'excellente Masked Laughter (Nothing's Left) et son mur de guitare digne de My Bloody Valentine, ou encore la trouée oxygénante 6db que Seefeel n'aurait pas renié. Ce morceau instrumental opère au bout de quelques minutes un décrochage rythmique assez déroutant qui emporte les beats secs en forme d'uppercuts auxquels nous a habitué le groupe vers quelque chose d'assez groovy. L'Eden est enfin atteint sur la planante It Just Is clôturant un album assénant les coups qui font mal mais prenant également bien soin d'en essuyer les plaies.

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Fire! - She Sleeps, She Sleeps (Rune Grammofon)

Après un détour vers le stoner rock sur son précédent album (Without Noticing, 2013), Fire! revient ici à la viscéralité du free jazz l'ayant initialement lancé. Moins explosif qu'auparavant et dénué d'invités prestigieux (Jim O'rourke, Oren Ambarchi, rien que ça), le groupe du saxophoniste Mats Gustafsson livre ici quatre compositions enflammées faisant la part belle à des instruments qui cette fois-ci ne sont pas forcément noyés sous une avalanche noisy. Car on connait le goût de Mats Gustafsson pour les décharges électriques, et l'on se souvient encore de sa collaboration live avec Sonic Youth et Merzbow sur le dantesque SYR8, Mats s'époumonant comme jamais. Avec son jazz mettant littéralement le feu aux flammes sur disque autant que sur scène, il ne fait aucun doute que Fire! a très justement choisi son nom. Mais le bruitisme se fait discret sur She Sleeps, She Sleeps mais la puissance de jeu du trio basse/ batterie/ saxo emmène le disque vers une dimension qui retourne à l'essentiel du free-jazz et éveille les sens. Le morceau éponyme She Sleeps, She Sleeps et ses 15 minutes de groove poisseux en est l'un des meilleurs exemple.

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Glenn Jones - Fleeting (Thrill Jockey)

Un homme, une guitare, une infinité de possibilités. Surtout lorsqu'il s'agit du génial Glenn Jones et sa méthode de jeu picking héritée de John Fahey. Au-delà de sa technicité exemplaire, ce qui marque d'emblée chez l'américain est cette force évocatrice qui anime ses morceaux. Ainsi, plutôt que des compositions démonstratives, Fleeting présente des comptines folkloriques à la palette d'émotions large et aux constructions quasiment narratives. Libre à nous de deviner quelles histoires elles peuvent bien raconter. Mention spéciale aux morceaux s'étirant sur la longueur (Mother's Day, Portrait of Basho As A Young Dragon) et nous laissant émerveillé devant les talents de songwriting du bonhomme. Avec les albums de Glenn Jones on en revient à la définition première de la folk ("gens du peuple"), cette musique traditionnelle populaire qui, comme les contes ancestraux, s'échangeait via le bouche à oreille. Par sa musique mais aussi son artwork, c'est à cette source là que nous renvoit ce compositeur hors pair avec cet album admirable.

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Solo Andata - In the Lens (12k)

Après un album electro indus sur le label Type il y a quelques mois (Modern Pressure), Kane Ikin revient sur 12k avec le multi-instrumentiste Paul Fiocco à son duo easy-listening Solo Andata. Depuis le magnifique Fyris Swan en 2006, ce projet s'est hélas fait trop rare, et n'a livré qu'une poignée d'albums cherchant l'équilibre parfait entre mélancolie et intimisme. Après les longues plages contemplatives de son prédécesseur se situant quelque part entre ambient et field recordings (l'album éponyme Sola Andata, 2009), In the Lens propose de courtes ritournelles, parfois fragmentées, mettant d'avantage l'accent sur les aspérités de leur instrumentation, et nous invite ainsi à observer la beauté de sa musique à travers le verre d'une lentille tantôt déformante tantôt grossissante. En résulte un album kaléidoscopique à la beauté cristalline et à la délicatesse précieuse. Les nappes et autres effets électroniques de Kane Ikin viennent recouvrir les instruments utilisés par Paul Fiocco d'un voile étrange. Cette alchimie entre la face physique et concrète de la musique - les instruments - et sa face plus abstraite, plus indiscernable, rappelle par moment des collaborations comme celle entre Christian Fennesz et Ryuichi Sakamoto (Cendre, 2007). In the Lens est en tout cas sublime de bout en bout, une longue berceuse qui s'écoute en entier à cette adresse.



par Romain
le 21/06/2016

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