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Dossier

: L'anthologie hip-hop de l'année 2014



Atlanta, Chicago Memphis ou San Franchisco, dMute a fait le tour des meilleurs popotes rap de l'année 2014

Comme vous avez pu le constater, il y eut peu de rap cette année sur dMute. La fainéantise y est pour quelque chose et pour cela, ok, nous plaidons coupable. On peut aussi, pour s'en sortir plus dignement, citer une autre raison à cette absence. C'est la fin de vie du hip hop tel qu’il fut relayé par la ligne éditoriale historique du site. Ce rap indé tel que décrit par Sylvain Bertot dans son bouquin sobrement intitulé Rap Indépendant. De ce mouvement il ne reste plus grand monde d’actif, et encore moins qui font de la musique de qualité.

Quelques uns arrivent quand même à trouver une forme de succès auprès d’un public et d’une certaine critique. Certainement plus par confort idéologique et par clientélisme que par véritable intérêt artistique. C’est le cas du producteur/rappeur le plus emblématique de tous, El-P. Et encore il est important de noter que c’est en duo avec Killer Mike, rappeur émérite issu du Dirty south, un genre souvent vilipendé par le public habituel du rap indé. Leur Run The Jewels 2 se trouve en tête de nombreux tops de fin d’année. C’était prémédité. Non pas qu’il soit mauvais (quelques titres y sont mêmes franchement réussis) et Killer Mike est un excellent rappeur. D’autres en revanche y sont plus poussifs. La sur-utilisation de samples vocaux répétitifs devient vite pénible, et l’horrible morceau avec un Zach de la Rocha aux abois illustre parfaitement ce propos.

Un autre producteur important du mouvement indé a su tirer son épingle du jeu. Il s’agit de Madlib, et lui aussi a trouvé à s'associer avec un rappeur street crédible, le polyvalent Freddie Gibbs. Ici encore les critiques élogieuses sont largement exagérées. Pinata comblera seulement quelques puristes nostalgiques et quelques popeux lecteurs de pitchfork en manque de virilité négrophile.

Citons également Aesop Rock et Rob Sonic avec leur Bestiary honnête sous le nom de Hail Mary Mallon. Ou, dans ce qui reste du Project Blowed, Busdriver et Nocando qui tentent de faire survivre leur rap électro au sein du Hellfyre Club. Sans oublier, les très connus Dilated People. Mais forcez moi à en dire du mal, et cela dégénérerait très vite…

Voici donc vite fait pour les frileux ce qu’il faudrait retenir de 2014. Et pour les autres, les aventureux qui n’ont pas peur de bousculer leurs idées reçues ou pour ceux qui ne sont pas encore résignés à se vautrer dans l’immobilisme passéiste d’un genre mais qui réclame au contraire du dynamisme, de la créativité, de la ferveur (de la folie même !) ou tout simplement de la bonne zic, disons le : bienvenue chez vous !





YOUNG THUG

Qui de mieux pour illustrer ce renouveau créatif que Young Thug ? Initialement parrainé par le loufoque Gucci Mane, le plus grand talent de cette nouvelle génération de rappeur ne pouvait venir que d’Atlanta. 2014 est pour lui l’année de la confirmation, en attendant une consécration qui ne saurait tarder. Plusieurs mixtapes à son actif et des apparitions sur un nombre incalculable de projets. C’est simple, on a vu que lui, il a dominé l’année rap ! En témoigne ce titre de 40 minutes sorti en fin d’année où il met à l’amende tous les rappeurs important du moment, de Raekwon à YG. Cette année lui aura aussi permis de trouver plus de maitrise dans ses vocalises folles et imprévisibles (peut-on encore parler de rap ?), notamment avec le Rich Gang en compagnie d’un autre rappeur next gen Rich Homie Quan et sous la houlette du charismatique Birdman, fondateur du célèbre label Cash Money.
Certains lui préfèreront peut-être son duo avec Bloody Jay, un autre rappeur de Portland aussi fou que lui. Quoiqu’il en soit Young Thug est de loin l’artiste rap le plus intéressant du moment.



KEVIN GATES

En voilà un qui aurait tout pour nous déplaire. Avec son faciès de poupon façon Pierrot, sa tendance à fourrer comme une mule son Gangsta Rap d'autotune, à la fois rude et pleins d’états d’âmes. Imaginez une sorte de Scarface moderne quoi (le rappeur des Geto Boyz, pas le film !) ou un Drake avec des couilles…Mais voilà, ce rappeur polyvalent a su au fil de ses nombreuses tapes se créer un personnage cohérent, à part, et surtout nous pondre une quantité de tubes irrésistibles dans des registres catchy ou plus émotif. S’il garde une telle attention sur ses productions que sur les deux mixtape de cette année il pourrait même rapidement devenir l’un des rappeurs les plus en vue du moment.



A-WAX Pulling Strings

A-Wax aussi possède un savoir-faire impressionnant. Il le doit à de nombreuses années d’activités dans les profondeurs de la baie de San Francisco. Ce n’est donc pas l’un de ces rappeurs nouvelles générations, bien que sa mixtape de l’an passée faisait la part belle à des sons puissant à la mode Trap et aurait pu laisser penser le contraire. L’excellente Jesus Malverde lui aura au moins permis d’étendre sa visibilité. Pulling Strings, qui s’apparente plus à un album (bien que la différence soit mince par les temps qui courent), se montre beaucoup moins rentre dedans et on se rend compte à l’écoute de ses travaux précédents qu’elle correspond finalement plus à ce qu’il a toujours fait. Il reste bien sur quelques titres dans un esprit trap, mais on est ici plus orienté cloud rap, voire un rap plus classique où le pessimisme et la déprime sont souvent de mise. Un registre que le rappeur maitrise à merveille. La constance, ainsi que plusieurs pistes tout simplement sublimes en font l’un, si ce n’est le meilleur, album de l’année.



SHY GLIZZY Young Jefe

Au rayon des rappeurs atypiques aux vocalises bizarroïdes Shy Glizzy mérite aussi d’être cité. Fortement influencé par le son d’Atlanta, il représente en fait la ville de Washington. Ce n’est donc pas surprenant de le trouver en compagnie d’artistes du Brick Squad de Gucci Mane tel que Zaytoven, Young Scooter, Young Thug etc… Pour cette raison Young Jefe pourrait bien être sa mixtape la plus importante, la plus chargée en tubes en tout cas, à défaut d’être sa meilleure. A condition d’outre-passer son flow fredonné approximatif et son timbre de voix semblant sortir tout droit d’un Tex Avery. A part ça, vous ne pourrez plus vous en passer...



RIFF RAFFNeon Icon

Entre Pen & Pixel et Walt Disney l’univers visuel de Riff Raff à de quoi interpeller, c’est le moins que l’on puisse dire. Le garçon cumule toute les tares du wack mc : blanc bec de la classe moyenne, père flic, premier pas dans une émission de télé réalité… Et pourtant difficile de résister à des tubes comme Versace Python. On ne sait plus trop s’il s’agit de prendre l'individu au 2e ou au 100e degré mais qu’importe, ne cherchons pas à comprendre le pourquoi du comment. Contentons nous de succomber aux refrains irrésistibles tel un plaisir inavouable de cette synthèse burlesques que se la joue rappeur.



CHIRAQ

Puisque nous sommes dans les dessins animés, il faut absolument mentionné King Louie. Sa mixtape TONY le positionne plus que jamais comme le leader du rap local, la Drill music. Mais ici rien de bien coloré, au contraire : le son est épais, étouffant, presque glauque, histoire de nous rappeler que Chicago est toujours l’une des villes américaine les plus meurtrières. King Louie livre ici sa meilleure mixtape à ce jour.

L’autre sortie régionale importante est l’oeuvre de Lil Herb. Tout aussi agressif, il se démarque par sa vélocité au micro, ce qui devrait en faire un atout auprès des adeptes d’un rap plus canal historique. Checkez en particulier 4 Minutes To Hell où il se déchaine sur un sample envoutant de Dead Can Dance. Comme quoi le rap en 2014 peut encore nous faire lever le poing !

Aux antipodes de la Drill Music c’est une fontaine de jouvence au rap conscient que nous propose Mick Jenkins. Un rap « intelligent » et sophistiqué autour de l’allégorie de l’eau. Pour le coup résolument tourné vers l’ancienne école, voire revivaliste, teinté de références Jazz et un tantinet moralisateur (mattez le clip de Martyrs…). Water(s) aurait pu rapidement devenir chiant comme la pluie, au lieu de ça, et de façon surprenante, il se montre beau et efficace. Ouvrez donc vos branchies !





100's - IVRY

Nous l’avions découvert avec Ice Cold Perm. Depuis 100's a signé sur un label relativement important (Fool’s Gold) et placé un titre sur la BO d’un jeu video culte (GTA5). Son unique fait d’arme en 2014 est un EP 8 titres qui tranche singulièrement avec sa première mixtape. A l’image de cette pochette où les couleurs flashy ont remplacé le portrait sur fond noir, hommage à son idole Snoop Dogg, les sonorités de IVRY sont beaucoup plus avenantes. Et quelle meilleure recette que ce g-funk flirtant avec le disco pour refermer le piège de ce pimp impitoyable ? Hélas depuis le garçon semble vouloir abandonner le rap pour se mettre au reggae… là encore le parallèle avec Snoop est évident.



GANGSTA BOO & BEATKINGUNDERGROUND TAPE MUSIC

L’ambition ici était surtout de se replonger dans les mythiques mixtapes qui firent la gloire du rap de Memphis au milieu des années 90. Mission réussie et plus que ça !

Le rappeur/producteur Beatking, seigneur des strip club de Houston, s’associe à la mère maquerelle en chef de la cultissime Three 6 Mafia pour un projet à la gloire des mythiques mixtapes memphisiennes du milieu des 90's. Bourrée de références au genre, cette mixtape inattendue et sans prétention révèle une fois de plus l’impact de cette scène obscure sur plusieurs générations avec des renforts aussi variés que ceux de Daz Dillinger, 8Ball, Paul Wall, mais aussi Danny Brown et Riff Raff. Mission réussie !


Et pour boucler la boucle, devinez qui se retrouve en featuring sur l'un des meilleurs morceaux du Run The Jewels 2?



par Ikhlas
le 06/01/2015

Tags : Hip-hop

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