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Florilège musicopathe

: #4 Baskaru



Des dada néerlandais qui réinventent la dance music, une japonaise qui sculpte le son jusqu'à l'abstraction et un sound-designer jouant les guides au sein d'un orchestre très contemporain. Chronique des dernières sorties du label Baskaru

On connaît surtout Frans de Waard et Roel Meelkop pour leur association au sein de Kapotte Muziek ou Goem, deux des entités les plus radicales de la scène expérimentale néerlandaise, dont ils représentent en sus les fers de lance. Depuis 2008, ils forment également le duo Zèbra, dont Wieman est la nouvelle incarnation, suite à des bisbilles de copyright qui les ont contraint à changer de nom.
Avec Zèbra et Wieman, De Waard et Meelkop produisent les pièces de leur répertoire qui se rapprochent le plus de la techno ou de la house music, tout en continuant à utiliser des méthodes propres à la musique concrète ou à la préhistoire du sampling. En cela, The Classics Album reproduit la même formule que sur leur premier opus (The Black and White Album) ; une formule, la meltpop, placée sous le signe du jeu sur les sources sonores.
Tous les sons utlisés pour la musique de Wieman sont en effet empruntées à un corpus musical défini systématiquement à l'avance. Pour The Black and White Album, le duo avait pioché leurs échantillons dans des morceaux dont le titre comportait le mot "music". Pour The Classics Album, le concept est le même, à la différence près que De Waard et Meelkop ont choisi de se focaliser sur les titres faisant référence à des formes de la musique classique, comme rhapsodie, symphonie,...etc.
Le principe de s'imposer un cadre aussi peu pertinent en apparence peut sembler ne pas porter à conséquence. Pourtant ce jeu sur les mots de la musique détermine totalement à la fois les formes architecturales de leurs morceaux (de longs collages aux découpes apparentes) mais surtout leur aspect plastique.
The B&W Album était très digital, les sons de The Classics Albums, qui rapellent ici la pop, là le jazz et même la musique metal, sonnent quant à eux beaucoup plus analogiques, plus chaleureux même! Alors, en convoquant certaines mélodies ancrées dans l'inconscient (la boucle vocale hallucinatoire de With a lat of verve), en faisant chavirer les sons jusqu'à l'absurde (l'orchestre ivre de The king is queer, la guitare rythmique de Megadeth sur Mega decontructed live wish), les deux dada parviennent à donner une nouvelle impulsion, plus ludique, à leur projet tout en continuant à démontrer leur savoir faire insolent dans l'art de transfigurer les sons. Les sensations procurées sont souvent jubilatoires et trouvent une parfaite résolution dans un final astronomique (Do you have ElP), où l'on croirait retrouver Goem, avec ce beat lentement absordé dans un puit d'échos sans fond.




Pour la création de ses précédents ouvrages la japonaise Sawako s'était nourrie de ses études universitaires sur le comportement des signaux de communication dans l'environnement urbain. Bitter Sweet en particulier naviguait sur une mer d'huile electromagnétique au grès de nappes et de field recordings aux lents mouvements indéterminés. Il en résultait une oeuvre abstraite certes, à mi-chemin entre l'ambient et la musique électroacoustique, mais aux précieuses qualités visuelles et organiques.
Pour son cinquième album nu.it (et le premier pour Baskaru), l'artiste japonaise a désiré produire une oeuvre beaucoup plus plastique, en étendant son goût pour les formes aléatoires aux sonorités acoustiques et à ses enregistrements de terrain, bref à des sons plus sculpturaux. Elle qui justement définit sa pratique du son en analogie avec la sculpture, trouve dans ce nouvel équilibre un terrain d'expérimentation plus que fertile.
A son art déjà vibrant de la mise en tension, de la mise en atmosphère même, s'ajoute donc celui de sculpter dans le son des motifs picturaux. Par exemple, grâce à ses interventions alertes sur la matière sonore, les pépiements d'oiseaux marins de Pass.age et les bruits d'élytre de Nemumel se changent en sinuosités électroniques tandis que les cloches réverbérées de Nostal.noz se dissolvent en d'étranges harmoniques.
Au travers de ces occurences, Sawako invente des formes aux dessins singuliers ou de troublantes architectures, parfaits contrepoints aux masses de sons digitaux et aux notes de piano qui flottent en toile de fond comme des spectres lointains. Ces apparitions éphémères, ces fantômes acoustiques signent en fin de compte le caractère nocturne et impalpable de nu.it. Une franche réussite.



Stay Tuned est la déclinaison phonographique d'une installation créée par le nééerlandais Rutger Zuydervelt aka Machinfabriek en 2013 et présentée dans le courant de la même année à Saskatoon au Canada et à Vlieland aux Pays-Bas. Grâce à Baskaru, l'oreille domestique peut désormais se familiariser avec le concept de Stay Tuned: soit déambuler au milieu d'un véritable orchestre dont les membres accordent à l'unisson leurs instruments sur la note A soit notre la bien connu.
L'originalité du concept ne s'arrête pas là. Sa singularité réside aussi dans le choix des performers effectué par Zuydervelt pour ses enregistrements, puisque l'ensemble de ces 153 musiciens compose la fine fleur de la musique contemporaine. Aucun nom qui ne nous soit vraiment étranger ici: d'Oren Ambarchi à Richard Yongs, en passant par Stephan Mathieu, John Butcher ou Julia Kent, la liste des interprètes réunis pour l'occasion impressionne.
Tous sont rassemblés en fonction de la famille de leurs instruments et chacune de ces familles diffusée sur un ampli (loud speaker). L'auditeur est donc invité à flotter au grès du bourdonnement généré par l'orchestre, libre de passer d'un groupe d'instruments à un autre dans un espace sonore multidimensionnel (possibilité reproduite ici par le mixage et l'organistion du disque).
Le drone ainsi obtenue, qui durera près d'une heure, pourra être comparé en analogie à certaines musiques minimalistes de La Monte Young. Et comme aucun instrument ne possède un la identique, l'oreille découvrira rapidement dans ce brouillard des paysages aux reliefs impalpables, des strates sonores constituées de timbres et de tonalités délicatement disjointes et en perpétuelle achoppement.



par Mickael B.
le 10/09/2014

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