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Florilège musicopathe

: Episode #3 - spécial Fire Records



Trente ans pile après sa création, Fire records compte plus que jamais parmi les plus importants labels indépendants britanniques. Ce troisième épisode du florilège musicopathe s'arrête sur cinq disques, choisis parmi les dernières sorties du label

Trente ans après sa création à Londres par l'obscure Clive Salomon, Fire records compte plus que jamais parmi les plus importants labels indépendants britanniques. "L'un des derniers" rajoute même fièrement en interview James Nicholls, l'actuel maître des lieux. En pionnier, la boutique londonienne a lancé sur le devant de la scène des artistes aussi cruciaux que Pulp, Spacemen 3, Teenage Fan Club ou, dans les années 90, Guided By Voices, Neutral Milk Hotel et The Lemonhead. Aujourd'hui, Fire records reste fidèle aux fer de lance de son catalogue et continue malgré tout de défricher, en Angleterre mais surtout aux Etats-Unis et en Australie, avec pour seul aiguillon: intégrité artistique et enthousiasme quasi-adolescent. Pour ce troisième florilège musicopathe, on vous propose une sélection de cinq albums, choisis avec soin parmi les dernières sorties du label...




Avec ce premier ep l'australienne Ela Stiles imprime sa marque en imposant un style bien particulier. Celle d'une œuvre a cappella. Sept pièces à la frontière du mysticisme. On pense avec facilité à la reine mère Lisa Gerard. Mais c'est sur un autre registre que cette jeune artiste officie. Celui de la sirène Elisabeth Fraser, entre musique traditionnelle anglo-saxonne et cantiques religieux. Une esthétique folk aux accents ambient. Mais il ne faut pas se leurrer, la composition est forte même si la voix ne passe jamais en force. Pas de longs tremolos et pas d'orchestrations luxuriantes. Juste la voix nue et rien d'autre. Des titres courts, pas plus de 2 minutes et un format long de 10 minutes sous forme de brouillard associant ambient et longues incantations. Un seul mot: frustration. Celle de ne pas en avoir d'avantage à entendre tellement ce qui nous a été proposé nous a captivé.





James Jackson Toth est né à New-York, mais son oeuvre, elle, est profondément enracinée dans les grands espaces américains et notamment les états du sud - Kentucky, Alabama, Tennessee - où ses pas d'éternels vagabonds l'ont conduit. Farmer's Corner détonne en proposant un arrêt dans la discographie de Wooden Wand, marquée jusqu'ici par une folk rugueuse comme des sentiers de traverse, où blues, country-rock, et rock psychédélique s'entrecroisent, selon les formations qui l'accompagnent (The Vanishing Voice, The World War IV...etc). Farmer's Corner, dans la lignée de Blood Oaths of The New Blues, est une oeuvre à l'arrêt, vidée de l'ardeur du mouvement pour mieux se remplir de l'attente inquiète qui colore souvent le regard des hommes qui ont partie-liée avec la terre. C'est fondamentalement un reccueil de folk songs pastoral et emphasique, presque dylanesque, matiné de country et du souvenir des premiers Neil Young, qui ne s'offre dans toute son ombrageuse beauté qu'aux bouts de plusieurs écoutes.



Les errances de Greg Demordy dans les rues de la Big Apple lui inspirent en 2012 les 11 morceaux de Any Port In A Storm, le second abum de Scott & Charlene Wedding. C'est à la fois un journal d'exil pour ce jeune austie fraichement débarqué de Melbourne et un portrait doux-amer de New-York sur lequel flottent les fantômes de Lou Reed, Jonathan Richman et Sonic Youth. Fini les déflagrations aveugles du premier album australien de Scott & Charlene's Wedding (Para Vista Social Club sorti en 2010), Any Port In A Storm sonne comme un pur album d'Indie-rock américain, bavard mais électrifié par une urgence permanente. Le song-writing et la voix désabusés de Demordy ne sont pas pour rien à l'attachement provoqué par la musique du groupe, qui s'appuie également sur une production lo-fi débraillée mais finement couturée, que n'aurait pas reniée Pavement. De l'indie-rock de Fakin' NYC à la ballade Spring St., en passant par la nostalgique 1993 ou le brûlot Jackie Boy, toujours à la limite de la rupture, c'est autant de petite "scenettes" du trip fauché de Demordy qui défilent sous nos yeux.



Native du Colorado mais exilée en Espagne, Josephine Foster a enregistré son treizième album dans la "music city" de Nashville en compagnie de son compagnon Victor Herrero. L'occasion pour le couple de clore un chapitre de leur exploration du folklore espagnol pour revenir aux airs fondateurs de la musique populaire américaine. Sous le parrainage du compositeur Stephen Foster et de son Beautiful Dreamer, et à plus d'un siècle de distance, I'm A Dreamer ressasse un passé mythologique toujours bien vivace, qui court de la musique de salon au blues, en passant par la country, le jazz ou la folk. I'm A Dreamer ne se limite pas cependant à un pressé d'histoire. Les arias de Josephine Foster, virevoltants et patinés, le cosmopolitisme des instrumentations de ses partenaires, insufflent à l'oeuvre mille nuances ; voir un certain lyrisme désertique, parfois bigarré, parfois plein d'ironie, qui finit par faire tout le charme de ces ritournelles qui passent, à choisir, comme une valse ou un vieux train à vapeur, sans âge.



Après une compilation sortie en 2011 sur le label Bedroom Sucks à Brisbane, Laura Hill a sorti début 2014 son premier album sur Fire records. Sa pop laborantine décline son étrangeté au fil de bricolages et d'expérimentation réalisées à la maison sur de vieux synthés analogiques et des boîtes à rythme d'un autre temps. Electric Ocean est à l'image du collage ethno-ésotérique de sa pochette, une sorte de rêve fractale en papier-maché où se mélange tout un pan de la culture geek, des mythiques bande-son des jeux ATARI aux génériques des films Z des années 80. L'aspect poseur rappele également l'italio-disco la plus mutante ou les délires new-age des pensionnaires de NNA TAPES comme Laurel Halo ou Ryan Power. Le résultat, farouchement pop et DIY, comme l'atteste les titres Electric Ocean ou Projections, est mis en valeur par une production kitch et cosmique d'une impudence relativement salutaire.





Crédits:
Ela Stilles - S/t (2014) ; Wooden Wand - Farmer's Corner (2014) ; Scott & Charlene's Wedding - Any Port in A Storm (2013) ; Josephine Foster - I'm A Dreamer (2013) ; Scraps - Electric Ocean (2014)



par Mickael B.| Guillaume C.
le 09/07/2014

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