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Littérature

: Livre: Panique à l'Impérial Palace, Chroniques de l'agitation culturelle 1968-1975.



Michel Carvallo, Panique à l'Impérial Palace, Chroniques de l'agitation culturelle 1968-1975, Asile Editions, 2007.

A la fin des années 1960, la France était dans un drôle d’état. Aujourd’hui, avouons le, tout va mieux, le pays ayant réussi, à force de travail, à se confectionner les jeunes qu’il méritait, respectueux et tranquilles, en un mot : agréables. Qu’il s’agisse du parvenu fier d’être condamné à dévaler en chemise bleue les marches d’immeubles dont il s’est vu attribuer la gestion, de la mocheté bourrant ses chairs molles dans quelques coupes strictes pour faire bonne impression et gagner en productivité afin de se permettre, samedi soir, d’offrir une tournée de caïpirinha santa cruz à des amies qui lui ressemblent – soit : névrosées et célibataires -, du porteur de dreadlocks stupide mais cool qui, si on le gratte un peu, vomit une agressivité à faire pâlir de convoitise le plus têtu des maîtres-chiens, ou le frêle amateur de musique électronique dansante qui, lorsque le beat lui est retiré, s’avère aussi raide et amorphe qu’un barreau de chaise d’église, chacun s’épanouit dans l’espace qu’on lui a réservé, content d’être ce qu’il est et ne doutant jamais, soit : oeuvrant à la multiplicité des formes de jeunesse, différentes, certes, mais pas pour autant antagonistes.



Etat de grâce pour jeunesse louée aux plus hauts des cieux, et qui l’a échappée belle. Car avant sa ponte, le pays a dû faire face, et pendant des siècles, à quelques personnages isolés, donneurs de leçons et délinquants sans courage, égoïstes jouissifs ou juges austères, capables d’influence sur des jeunesses d’un autre âge, et agissant en conséquence sur leur mode de vie ou leur façon de penser. Pauvres hères portés par des idéaux inconscients, comme il est triste de se souvenir. Exemple de cette engeance malencontreuse et fière de mettre à mal un pays (une province, dirons nous ici), Michel Carvallo, qui fonda l’association Annecy Jazz Action après avoir été bouleversé par les concerts de Terry Riley, Cecil Taylor, Albert Ayler et Sun Ra organisés à la Fondation Maeght. Dans un livre récemment publié par un petit éditeur – qui refuse de reconnaître, sans doute parce qu’il n’a pas les moyens de se l’offrir, que la véritable subversion est l’œuvre d’écrivains de la trempe d’un Frédéric Beigbeder -, Carvallo raconte son expérience avec une gouaille d’un autre âge : organisation de concerts de musiciens tels que Burton Greene, Sun Ra, John Tchicai, François Tusques, Sunny Murray, dont l’intérêt est aujourd’hui relativisé par la découverte quotidienne de talents plus valables ; mise en place de squats culturels ou création de jazz clubs peu rentables ; action pseudo éducative auprès de jeunes déficients ou de jeunes délinquants – preuve que l’on parle bien ici d’une autre époque, qui n’avait pas encore compris que la délinquance est une maladie mentale (et la maladie mentale, rien d’autre qu’un châtiment de Dieu). Bref, un exposé de pratiques anarchisantes et d’activités sans avenir économique auxquels la politique locale de la ville d’Annecy – véritable pionnière dans le domaine, si l’on en croit l’état superbe dans lequel se porte aujourd’hui la politique culturelle du pays tout entier – mit un terme en 1975.



Maintenant que l’humeur est au beau fixe, jeunesse épanouie allant sans déranger quiconque au son de l’effet placebo qu’on lui a prescrit – de Katerine à Mika, ou de Garou à Indochine, quelle différence ? -, qui voudrait encore aller voir dans ce genre d’ouvrage, petit livre rouge et nostalgique vantant les idées de bric et de broc et les circuits alternatifs, quand tout le monde sait que l’alternatif, c’est la Fnac qui s’en charge. A ce titre, d’ailleurs, celle-ci ne distribuera pas Chroniques de l’agitation culturelle. Non que le propos lui échappe, mais parce que le fond y est privilégié par rapport à la forme. Or, tout le monde sait que cette formule, économiquement, n'est pas viable.



Panique à l'Impérial, 23 euros (port compris)

ASILE

59 Route des Frassettes
Ferrières 74370 Pringy

asile@numeo.fr



par Grisli
le 11/06/2007

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